Le biceps brachial est probablement le muscle le plus connu du corps humain. Souvent associé à la force et à l’esthétique du bras, il joue pourtant un rôle bien plus complexe qu’il n’y paraît. En plus de participer à la flexion du coude, il est le principal supinateur de l’avant-bras et contribue à la stabilisation de l’épaule grâce à sa longue portion.
En pratique clinique, le biceps brachial est impliqué dans de nombreuses pathologies, notamment les tendinopathies, les lésions SLAP, les ruptures tendineuses et les instabilités de la longue portion.
Dans cet article, découvrez son anatomie, ses insertions, ses fonctions, ainsi que ses rapports anatomiques, son innervation, sa vascularisation et les principales pathologies qui peuvent l’affecter. Vous apprendrez également les principales techniques de palpation, les tests cliniques, les étirements et les exercices permettant de mieux comprendre ce muscle incontournable du membre supérieur.
Définition
Le biceps brachial est un muscle fusiforme situé dans la partie antérieure de la région brachiale, plus communément appelée le bras. Il est constitué de deux chefs distincts :
- Le chef long (ou longue portion), également appelé long biceps brachial
- Le chef court (ou courte portion), souvent désigné sous le nom de court biceps brachial
Large et épais, ce muscle s’étend de la scapula jusqu’au radius, l’os latéral de l’avant-bras. En raison de son trajet, il traverse à la fois l’articulation de l’épaule et celle du coude. Le biceps brachial est donc un muscle polyarticulaire, capable d’agir sur plusieurs articulations simultanément.
Le biceps brachial appartient à la loge antérieure du bras, où il est accompagné des muscles coraco-brachial et brachial. Sur le plan fonctionnel, il fait partie des principaux fléchisseurs du coude et constitue également un puissant supinateur de l’avant-bras, jouant un rôle essentiel dans de nombreux mouvements du membre supérieur.
Origine
Courte portion
La courte portion du biceps brachial prend son origine sur la partie supéro-latérale de la scapula, au niveau du processus coracoïde (anciennement appelé apophyse coracoïde). Cette saillie osseuse constitue un important point d’ancrage pour plusieurs muscles de l’épaule et du bras comme le petit pectoral et le coraco-brachial.
L’insertion de la courte portion s’effectue sur l’apex du processus coracoïde par l’intermédiaire d’un tendon commun avec le muscle coraco-brachial. Les fibres tendineuses propres à la courte portion du biceps brachial s’attachent principalement sur la partie latérale du sommet du processus coracoïde.
Longue portion
La longue portion du biceps brachial prend également son origine sur la partie supéro-latérale de la scapula. Elle s’insère plus précisément au-dessus de la cavité glénoïdienne, sur une petite saillie osseuse appelée tubercule supra-glénoïdien.
Cette origine est assurée par un tendon cylindrique intracapsulaire, c’est-à-dire qu’il chemine à l’intérieur de la capsule articulaire de l’épaule avant de poursuivre son trajet vers l’humérus.
Terminaison
Les deux chefs du biceps brachial se rejoignent au niveau de la partie moyenne du bras pour former un tendon commun qui se termine sur l’extrémité supérieure du radius.
L’insertion distale du biceps brachial se situe sur la moitié postérieure de la tubérosité radiale.
Cette attache est réalisée par l’intermédiaire d’un tendon aplati, qui distribue également une expansion aponévrotique destinée au fascia antébrachial médial.
Trajet
Sur sa partie proximale, au niveau du processus coracoïde, la courte portion du biceps brachial est partiellement fusionnée avec le muscle coraco-brachial. Elle se dirige ensuite vers la loge antérieure du bras en suivant un trajet oblique vers le bas, l’arrière et le dehors.
Le tendon de la longue portion est quant à lui intracapsulaire, ce qui signifie qu’il traverse la capsule articulaire de l’articulation scapulo-humérale. Il chemine ensuite au-dessus de la tête humérale avant de se loger dans le sillon intertuberculaire, puis dans la gouttière bicipitale de l’humérus, recouverte par le ligament transverse. Cette importante dépression osseuse doit son nom à la présence du tendon du long biceps brachial qu’elle contient.
Les deux chefs musculaires demeurent distincts et indépendants jusqu’à la partie moyenne du bras, où ils se rejoignent progressivement pour devenir anatomiquement indissociables. Ils poursuivent alors leur trajet dans la loge antérieure du bras, de manière superficielle, selon une orientation globalement verticale.
Dans leur partie distale, ces deux chefs délimitent les gouttières bicipitales médiale et latérale. Ils se prolongent ensuite par un tendon terminal qui devient plus profond que le corps musculaire au niveau du coude afin de rejoindre la tubérosité radiale du radius.
Il est à noter que ce tendon contourne la partie antérieure de la tubérosité radiale avant de se fixer sur sa partie postérieure.
Actions
Les actions du biceps brachial découlent directement de son trajet et de ses insertions. En raison de son caractère polyarticulaire, ce muscle agit à la fois sur l’épaule et sur le coude.
Actions dynamiques
Le biceps brachial s’étend de la scapula jusqu’au radius, ce qui lui permet d’intervenir dans plusieurs mouvements du membre supérieur :
- Au niveau de l’épaule, il participe principalement à la flexion de l’articulation scapulo-humérale.
- Au niveau du coude, il permet la supination de l’avant-bras ainsi que sa flexion.
Il est important de noter que, contrairement à une idée largement répandue, l’action prédominante du biceps brachial est la supination de l’avant-bras plutôt que la flexion du coude.
En inversion de point fixe, lorsque le coude est fixé, le biceps brachial permet de rapprocher le bras de l’avant-bras. C’est notamment le cas lors d’une traction réalisée en supination, où le muscle contribue à élever le corps vers la barre.
Fonction statique
La longue portion du biceps brachial joue un rôle important dans la stabilisation de la tête humérale lors des différents mouvements de l’articulation scapulo-humérale.
La courte portion du biceps brachial participe également à la fonction statique du muscle en contribuant à la suspension du poids du bras.
Muscles agonistes et antagonistes
Pour la flexion du coude, il travaille en synergie avec le muscle brachial et le muscle brachio-radial. Pour la supination de l’avant-bras, il collabore principalement avec le muscle supinateur.
Ses principaux muscles antagonistes sont les muscles responsables de l’extension du coude et de la pronation de l’avant-bras, parmi lesquels nous retrouvons :
- Triceps brachial
- Anconé
- Rond pronateur
- Carré pronateur
Relation fonctionnelle avec la coiffe des rotateurs
Bien qu’il ne fasse pas partie de la coiffe des rotateurs, le biceps brachial, et plus particulièrement sa longue portion, entretient une étroite relation fonctionnelle avec celle-ci.
En raison de son trajet au-dessus de la tête humérale et de son insertion sur le tubercule supra-glénoïdien ainsi que sur le labrum glénoïdien, la longue portion du biceps participe à la stabilisation de l’articulation scapulo-humérale. Elle contribue notamment à limiter les déplacements excessifs de la tête humérale au sein de la cavité glénoïdienne.
Cette fonction est complémentaire de celle des muscles de la coiffe des rotateurs, dont le rôle principal est de maintenir la tête humérale centrée contre la glène lors des mouvements de l’épaule.
Chez les sujets présentant une atteinte de la coiffe des rotateurs, plusieurs études suggèrent que la longue portion du biceps peut adopter un rôle compensateur en participant davantage à la stabilisation de la tête humérale.
Rapports anatomiques
Le biceps brachial entretient de nombreux rapports avec les structures musculaires, osseuses, vasculaires et nerveuses du bras. Ces rapports varient selon que l’on considère sa partie proximale, son corps musculaire ou son tendon distal.
Rapports anatomiques proximaux
Courte portion
- Antérieurement, elle est recouverte par le faisceau antérieur du muscle deltoïde.
- Postérieurement, se situent les muscles grand dorsal, grand rond et subscapulaire.
- Médialement, la courte portion répond au bord latéral du muscle coraco-brachial.
- Latéralement, se trouve la partie proximale de la longue portion du biceps brachial.
Longue portion
- En superficie, se trouvent le muscle grand pectoral et le faisceau antérieur du muscle deltoïde.
- En profondeur, la longue portion répond à l’humérus, notamment à la tête humérale, au sillon intertuberculaire et à la gouttière bicipitale.
- Médialement, se situent le tubercule mineur de l’humérus ainsi que la courte portion du biceps brachial.
- Latéralement, se trouvent le tubercule majeur de l’humérus ainsi que la crête latérale de la gouttière bicipitale.
Rapports anatomiques moyens
À ce niveau, les deux portions du biceps brachial s’unissent pour former un unique corps musculaire. Elles deviennent alors anatomiquement indifférenciées et présentent plusieurs rapports importants.
- Antérieurement, le muscle est recouvert par le fascia brachial superficiel et la peau.
- Postérieurement, il recouvre le muscle brachial, dont il est séparé par une couche de tissu cellulo-graisseux. Dans cette région chemine notamment le nerf musculo-cutané, situé entre les muscles biceps brachial et brachial.
- Latéralement, le bord du biceps brachial répond au faisceau antérieur du deltoïde puis, plus distalement, au muscle brachio-radial. Cette région est également en rapport avec le plan cutané, où chemine notamment la veine céphalique.
- Médialement, circule de manière superficielle la veine basilique qui assure le retour veineux du bras. En dessous du fascia superficiel, se situe le canal brachial qui renferme des structures vasculo-nerveuses importantes :
- Le nerf médian
- L’artère brachiale
- Les veines brachiales
Rapports anatomiques distaux
Au niveau du coude, le tendon distal du biceps brachial est en rapport avec plusieurs structures anatomiques.
- Antérieurement, se trouvent le fascia brachial superficiel et le plan cutané.
- Postérieurement, il répond au tendon du muscle brachial ainsi qu’à l’articulation du coude, au niveau de l’interligne articulaire.
À ce niveau, le tendon distal s’enfonce en profondeur et participe à la formation de deux sillons musculaires, délimités latéralement par le muscle brachio-radial et les muscles épicondyliens latéraux, et médialement par les muscles épicondyliens médiaux, notamment le rond pronateur.
- Médialement, se situe la gouttière bicipitale médiale, dans laquelle cheminent le nerf médian, l’artère brachiale et les veines brachiales.
- Latéralement, se situe la gouttière bicipitale latérale, qui laisse passer le nerf radial, le nerf musculo-cutané ainsi que l’artère récurrente radiale.
Innervation
Le biceps brachial est innervé par le nerf musculo-cutané, issu du faisceau latéral du plexus brachial et principalement des racines nerveuses C5 et C6. Certains anatomistes incluent également la racine C7 dans son innervation radiculaire.
Le nerf musculo-cutané émet une branche collatérale appelée nerf du biceps, qui se divise en plusieurs rameaux destinés à l’innervation des deux chefs musculaires du biceps brachial.
Certains rameaux issus du nerf supérieur du coraco-brachial peuvent également participer à l’innervation de la courte portion du biceps brachial dans sa partie proximale. Ce nerf constitue lui aussi une branche collatérale du nerf musculo-cutané.
Vascularisation
Le biceps brachial est principalement vascularisé par l’artère brachiale, principale artère de la région du bras, ainsi que par ses différentes branches collatérales.
Variations anatomiques
Le biceps brachial présente de nombreuses variations anatomiques d’un individu à l’autre. Celles-ci peuvent concerner son origine, son trajet, ses insertions ou encore le nombre de chefs musculaires qui le composent.
Agénésie musculaire
Chez certains individus, l’une des deux portions du biceps brachial peut être absente. Plus rarement, les deux portions peuvent être concernées.
Biceps brachial dissocié
Il existe parfois un biceps brachial dissocié, dans lequel les deux chefs musculaires ne fusionnent pas au niveau de la partie moyenne du bras.
Dans cette configuration anatomique particulière, les deux muscles conservent leur individualité et sont désignés sous les noms de :
- Muscle coraco-radial pour la courte portion
- Muscle gléno-radial pour la longue portion
Terminaisons accessoires
L’insertion distale du biceps brachial peut présenter des variations anatomiques. Des insertions surnuméraires ont notamment été décrites sur l’ulna ou sur le radius, en complément de l’insertion habituelle située sur la tubérosité radiale.
Muscle gléno-brachial
Le muscle gléno-brachial correspond à un faisceau musculaire accessoire qui s’étend de la partie supérieure de la cavité glénoïdienne, à proximité de l’insertion de la longue portion du biceps brachial, jusqu’au col chirurgical de l’humérus.
Connexions musculaires
De nombreuses connexions musculaires peuvent exister entre le biceps brachial et les muscles voisins, notamment le grand pectoral, le petit pectoral, le coraco-brachial, le brachial, le rond pronateur ou encore le brachio-radial.
Certains sujets présentent également un faisceau anastomotique reliant directement les deux chefs du biceps brachial.
Faisceaux surnuméraires
Le biceps brachial peut comporter un ou plusieurs chefs musculaires supplémentaires en plus de ses deux chefs habituels. Ces faisceaux surnuméraires peuvent prendre origine sur différentes structures anatomiques :
- Le tubercule majeur
- Le tubercule mineur
- La coulisse bicipitale
- La diaphyse humérale
- Le grand pectoral
- Le processus coracoïde
- La capsule articulaire de l’épaule
Faisceau huméral
Le faisceau huméral constitue la variation la plus fréquemment décrite. Il serait présent chez environ 10 % de la population.
Situé sous les deux chefs physiologiques du biceps brachial, il prend généralement origine sur la partie antérieure de la diaphyse humérale ou sur la face antérieure du muscle brachial. Il se termine ensuite sur le corps musculaire ou sur le tendon distal du biceps brachial.
Structures fibreuses associées
Ligament transverse
Le ligament transverse est une structure fibreuse rencontrée au niveau du trajet du tendon du long biceps brachial dans la gouttière bicipitale, permettant de canaliser le tendon dans cette dépression osseuse et d’éviter sa luxation.
Fascia brachial
Le muscle biceps brachial est contenu, avec les autres muscles du bras, au sein du fascia brachial. Cette enveloppe fibreuse est divisée en deux loges musculaires par l’intermédiaire de cloisons fibreuses nommées septums intermusculaires.
Fascia antébrachial
L’expansion aponévrotique bicipitale est une structure fibreuse située sur la partie distale du muscle qui s’insère sur le fascia antébrachial médial et permet sa mise en tension.
Bourses synoviales associées
Bourse subacromiale
Au niveau de la voûte acromiale, où circule la partie tendineuse proximale du long biceps, se trouve une bourse synoviale permettant de favoriser les glissements du tendon en-dessous du ligament coraco-acromial.
Bourse bicipito-radiale
Au niveau de sa terminaison, se trouve la bourse bicipito-radiale qui protège le tendon distal des rugosités présentes sur la moitié antérieure de la tubérosité radiale.
Palpation du biceps brachial
Le biceps brachial est un muscle relativement facile à palper en raison de sa situation superficielle sur la face antérieure du bras. La mise en tension du muscle par une contraction résistée facilite l’identification de ses différentes portions ainsi que de ses tendons.
Palpation du corps musculaire
Palpation du tendon distal et de l’expansion aponévrotique
Palpation du tendon proximal de la longue portion
Repère anatomique de l’artère brachiale
Le biceps brachial est considéré comme un muscle satellite de l’artère brachiale. En effet, cette dernière chemine en profondeur du muscle, le long de sa partie médiale, ce qui fait du biceps brachial un important repère anatomique lors de l’examen clinique. Cette relation est notamment utilisée pour localiser et palper le pouls brachial, en comprimant l’artère contre l’humérus au niveau de la gouttière bicipitale médiale.
Tests cliniques du biceps brachial
Tests myotendineux
Les tests cliniques du biceps brachial permettent principalement d’orienter l’examen vers une atteinte de la longue portion du biceps, notamment une tendinopathie, une instabilité tendineuse ou une lésion du complexe labro-bicipital (SLAP). Ils ne permettent généralement pas, à eux seuls, de poser un diagnostic définitif, mais apportent des informations utiles lorsqu’ils sont associés à l’interrogatoire, à la palpation et aux autres éléments de l’examen clinique.
Test de Yergason
Le test de Yergason est utilisé pour rechercher une pathologie de la longue portion du biceps, notamment une tendinopathie du tendon proximal ou une instabilité de celui-ci dans la gouttière bicipitale. Il consiste à mettre en tension le tendon lors d’un mouvement de supination résistée de l’avant-bras afin de reproduire une douleur de la face antérieure de l’épaule ou de mettre en évidence un ressaut traduisant une instabilité tendineuse.
Le test est considéré comme positif s’il reproduit une douleur au niveau de la gouttière bicipitale. La présence d’un ressaut ou d’un claquement peut évoquer une instabilité de la longue portion du biceps.
Test de Speed
Le test de Speed est utilisé pour orienter le diagnostic vers une pathologie de la longue portion du biceps, notamment une tendinopathie du tendon proximal ou une lésion SLAP. Il consiste à mettre en tension le tendon lors d’une flexion résistée de l’épaule. Bien que largement utilisé en pratique clinique, ce test présente une précision diagnostique limitée lorsqu’il est réalisé de manière isolée et doit être interprété en association avec les autres éléments de l’examen clinique.
Le test est considéré comme positif lorsqu’il reproduit une douleur au niveau de la gouttière bicipitale ou de la face antérieure de l’épaule.
Uppercut Test
L’Uppercut Test est un test clinique développé plus récemment pour explorer les pathologies de la longue portion du biceps, notamment les tendinopathies, les instabilités tendineuses et certaines lésions SLAP. Il reproduit une contraction dynamique du biceps dans une position proche d’un mouvement d’uppercut en boxe. Comme les autres tests du long biceps, il doit être interprété en association avec les autres éléments de l’examen clinique.
Le test est considéré comme positif lorsqu’il reproduit une douleur de la face antérieure de l’épaule, un ressaut ou un claquement au niveau de la longue portion du biceps brachial.
Hook Test
Le Hook Test est le test clinique de référence pour rechercher une rupture distale du tendon du biceps brachial. Il consiste à vérifier la continuité du tendon au niveau de son insertion distale sur la tubérosité radiale. Chez un sujet sain, le tendon peut être facilement accroché par le doigt de l’examinateur, alors qu’il devient absent ou difficilement palpable en cas de rupture complète.
Tests neurologiques
Réflexe bicipital
Le réflexe bicipital est un réflexe ostéo-tendineux impliquant le muscle biceps brachial et permettant de tester le nerf musculo-cutané ainsi que la racine nerveuse C5.
Pour ce faire, le patient doit être relâché avec le coude légèrement fléchi.
Le clinicien maintient le coude en son pourtour en plaçant son pouce sur le tendon du biceps brachial. Il réalise, à l’aide d’un marteau à réflexes, une percussion sur son pouce qui engendre physiologiquement une flexion du coude.
Pathologies du biceps brachial
Tendinopathies du biceps brachial
Les tendinopathies du biceps brachial touchent principalement la longue portion du biceps, au niveau de son trajet dans la gouttière bicipitale. Elles correspondent à un continuum de lésions allant d’une ténosynovite inflammatoire aiguë à une tendinopathie dégénérative chronique.
Elles résultent le plus souvent de sollicitations répétées de l’épaule, en particulier lors des mouvements réalisés au-dessus de la tête, et sont fréquemment associées à d’autres pathologies de l’épaule, notamment aux lésions de la coiffe des rotateurs et aux lésions SLAP.
Cliniquement, elles se manifestent principalement par une douleur de la face antérieure de l’épaule, majorée lors des mouvements de flexion de l’épaule, de flexion du coude ou de supination résistée de l’avant-bras.
Instabilité du tendon de la longue portion du biceps brachial
L’instabilité du tendon de la longue portion du biceps brachial correspond à une perte de maintien du tendon dans la gouttière bicipitale, pouvant se traduire par une subluxation ou une luxation de celui-ci.
Elle résulte le plus souvent d’une atteinte des structures assurant sa stabilisation, notamment du ligament huméral transverse et des fibres du muscle subscapulaire. Cette pathologie est fréquemment associée aux lésions de la coiffe des rotateurs et peut provoquer une douleur de la face antérieure de l’épaule, parfois accompagnée d’un ressaut ou d’un claquement lors des mouvements de l’épaule. Le diagnostic repose sur l’examen clinique, complété si nécessaire par l’imagerie médicale.
Lésion SLAP (Superior Labrum Anterior to Posterior)
La lésion SLAP correspond à une atteinte de la partie supérieure du labrum glénoïdien, au niveau de l’insertion proximale de la longue portion du biceps brachial sur le tubercule supra-glénoïdien. Elle se caractérise par une déchirure plus ou moins importante de cette zone de fixation.
Cette pathologie est particulièrement fréquente chez les sportifs réalisant des mouvements répétés au-dessus de la tête, notamment les athlètes pratiquant les sports de lancer.
Son diagnostic peut être délicat. En effet, les tests cliniques proposés pour la mettre en évidence présentent souvent une spécificité limitée. De plus, l’imagerie médicale peut parfois conduire à des faux positifs en raison de la présence de variantes anatomiques courantes, telles que certains récessus physiologiques du labrum.
Dans la majorité des cas, un traitement conservateur est initialement privilégié. Celui-ci repose principalement sur la rééducation fonctionnelle et peut être associé à des infiltrations intra-articulaires de corticoïdes. Un traitement chirurgical peut être envisagé lorsque les symptômes persistent malgré une prise en charge conservatrice bien conduite.
Rupture proximale du tendon
Les ruptures tendineuses du biceps brachial sont rares et concernent généralement le tendon de la partie proximale de la longue portion. Cette lésion provoque le signe de Popeye, un signe clinique caractérisé par la présence d’une boule musculaire au niveau du bras lors de la flexion du coude, qui est la conséquence directe d’une rétraction inférieure du corps musculaire du long biceps brachial.
Rupture distale du tendon
La rupture distale du tendon du biceps brachial correspond à une désinsertion du tendon au niveau de son insertion sur la tubérosité radiale.
Plus rare que la rupture proximale, elle survient généralement lors d’une contraction excentrique brutale du biceps brachial, notamment lors du soulèvement d’une charge importante.
Cette lésion se manifeste par une douleur aiguë de la face antérieure du coude, souvent associée à une perte de force, en particulier lors de la supination de l’avant-bras, ainsi qu’à une diminution de la flexion du coude.
Le diagnostic repose sur l’examen clinique, notamment le Hook Test, complété si nécessaire par l’imagerie médicale.
Déchirure musculaire
La déchirure musculaire du biceps brachial correspond à une rupture partielle ou complète des fibres musculaires du muscle. Beaucoup plus rare que les atteintes tendineuses, elle survient le plus souvent lors d’une contraction brutale ou d’un étirement excessif, notamment au cours d’activités sportives.
Selon son importance, elle peut provoquer une douleur brutale, un œdème, un hématome ainsi qu’une diminution de la force de flexion du coude et de supination de l’avant-bras.
Le traitement est généralement conservateur pour les lésions partielles, tandis que les ruptures complètes peuvent exceptionnellement nécessiter une prise en charge chirurgicale.
Étirement du biceps brachial
L’étirement du biceps brachial repose directement sur ses principales fonctions. En effet, ce muscle participe à la flexion de l’épaule, à la flexion du coude et à la supination de l’avant-bras.
Pour l’étirer efficacement, il convient donc de réaliser les mouvements opposés, à savoir une extension de l’épaule, une extension du coude ainsi qu’une pronation de l’avant-bras.
Technique d’étirement
Technique d’auto-étirement
Pour réaliser un auto-étirement du biceps brachial, placez le bras en arrière du corps, coude tendu et avant-bras en pronation, en prenant appui avec la main sur un support stable, comme une table.
En position fente, faites ensuite progressivement avancer le poids du corps vers l’avant afin d’augmenter l’extension de l’épaule et d’ajuster l’intensité de l’étirement. La tension doit être ressentie sur la face antérieure du bras et de l’épaule.
Maintenez la position pendant 15 à 30 secondes, puis répétez l’exercice selon vos objectifs.
Exercices pour le biceps brachial
Le biceps brachial est l’un des muscles les plus connus du corps humain et constitue souvent une priorité chez les pratiquants de musculation en raison de son importance dans l’esthétique du bras.
Grâce à son rôle dans la flexion du coude et la supination de l’avant-bras, il est fortement sollicité dans de nombreux exercices du membre supérieur. Parmi les plus populaires figurent le curl avec haltères, le curl à la barre ainsi que les tractions en supination, qui permettent une importante activation du muscle.
D’autres exercices peuvent également cibler plus spécifiquement le biceps brachial. C’est notamment le cas du curl incliné, qui place le muscle en position d’étirement en augmentant l’extension de l’épaule, ou encore du drag curl, qui réduit la participation du deltoïde antérieur et accentue le travail du biceps brachial.
À l’inverse, certains exercices sollicitent davantage d’autres muscles fléchisseurs du coude. Les mouvements réalisés en prise neutre, comme le curl marteau, ou en pronation, comme le curl inversé, augmentent notamment la participation du muscle brachio-radial et du muscle brachial, réduisant ainsi la contribution relative du biceps brachial.
D’un point de vue biomécanique, les exercices associant une flexion du coude à une supination de l’avant-bras sont généralement ceux qui recrutent le plus spécifiquement le biceps brachial, cette combinaison correspondant à ses deux principales fonctions dynamiques.
Bibliographie
Abdul-Rassoul, H., Defazio, M., Curry, E. J., Galvin, J. W., & Li, X. (2019). Return to sport after the surgical treatment of superior labrum anterior-posterior tears: A systematic review. Orthopaedic Journal of Sports Medicine, 7(5). https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31106221/
Alentorn-Geli, E., Assenmacher, A. T., & Sanchez-Sotelo, J. (2016). Distal biceps tendon injuries: A clinically relevant current concepts review. EFORT Open Reviews, 1(7), 316-324. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28461963/
Chalmers, P. N., Cip, J., Trombley, R., Cole, B. J., Wimmer, M. A., Romeo, A. A., & Verma, N. N. (2014). Glenohumeral function of the long head of the biceps muscle: An electromyographic analysis. Orthopaedic Journal of Sports Medicine, 2(2). https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26535304/
Diplock, B., Hing, W., & Marks, D. (2023). The long head of biceps at the shoulder: A scoping review. BMC Musculoskeletal Disorders, 24, 232. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/36978047/
Dufour, M. (2023). Anatomie de l’appareil locomoteur. Tome 2 : Membre supérieur (4e éd.). Elsevier Masson.
Elser, F., Braun, S., Dewing, C. B., Giphart, J. E., & Millett, P. J. (2011). Anatomy, function, injuries, and treatment of the long head of the biceps brachii tendon. Arthroscopy: The Journal of Arthroscopic & Related Surgery, 27(4), 581-592. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/21444012/
Fones, L., Nemirov, D., Tosti, R., & Mudgal, C. S. (2024). Closed midsubstance rupture of the biceps brachii and brachialis: A case report. SurgiColl, 2(1). https://surgicoll.scholasticahq.com/article/92563-closed-midsubstance-rupture-of-the-biceps-brachii-and-brachialis-a-case-report
Hegedus, E. J., Goode, A. P., Cook, C. E., Michener, L. A., Myer, C. A., Myer, D. M., & Wright, A. A. (2012). Which physical examination tests provide clinicians with the most value when examining the shoulder? Update of a systematic review with meta-analysis of individual tests. British Journal of Sports Medicine, 46(14), 964-978. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/22773322/
Holtby, R., & Razmjou, H. (2004). Accuracy of the Speed’s and Yergason’s tests in detecting biceps pathology and SLAP lesions: Comparison with arthroscopic findings. Arthroscopy: The Journal of Arthroscopic & Related Surgery, 20(3), 231-236. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/15007311/
Jaschke, M., Rękawek, K., Sokołowski, S., & Kołodziej, Ł. (2023). Distal biceps tendon rupture: A comprehensive overview. EFORT Open Reviews, 8(11), 865-873. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/37909692/
Kamina, P., & Gouazé, A. (2009). Anatomie clinique. Tome 1 : Anatomie générale, membres (4e éd.). Maloine.
Kibler, W. B., Sciascia, A., Hester, P., Dome, D., & Jacobs, C. (2009). Clinical utility of traditional and new tests in the diagnosis of biceps tendon injuries and superior labrum anterior and posterior lesions in the shoulder. The American Journal of Sports Medicine, 37(9), 1840-1847. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/19509414/
Moore, K. L., Dalley, A. F., Agur, A. M. R., & Milaire, J. (2017). Anatomie médicale : Aspects fondamentaux et applications cliniques (4e éd.). De Boeck Supérieur.
Mueller-Wohlfahrt, H.-W., Haensel, L., Mithoefer, K., Ekstrand, J., English, B., McNally, S., Orchard, J., van Dijk, C. N., Kerkhoffs, G. M. M. J., Schamasch, P., Blottner, D., Swaerd, L., Goedhart, E., & Ueblacker, P. (2013). Terminology and classification of muscle injuries in sport: The Munich consensus statement. British Journal of Sports Medicine, 47(6), 342-350. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/23080315/
O’Driscoll, S. W., Goncalves, L. B. J., & Dietz, P. (2007). The Hook Test for distal biceps tendon avulsion. The American Journal of Sports Medicine, 35(11), 1865-1869. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/17687121/
Rodosky, M. W., Harner, C. D., & Fu, F. H. (1994). The role of the long head of the biceps muscle and superior glenoid labrum in anterior stability of the shoulder. The American Journal of Sports Medicine, 22(1), 121-130. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/8129095/
Schrøder, C. P., Skare, Ø., Reikerås, O., Mowinckel, P., & Brox, J. I. (2017). Sham surgery versus labral repair or biceps tenodesis for type II SLAP lesions of the shoulder: A three-armed randomised clinical trial. British Journal of Sports Medicine, 51(24), 1759-1766. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28495804/
Schulte, E., Schumacher, U., Schünke, M., Vitte, É., Chevallier, J.-M., & Douard, R. (2016). Atlas d’anatomie Prométhée : Anatomie générale et système locomoteur. De Boeck Supérieur.
Testut, L. (1899). Traité d’anatomie humaine. Tome 1 : Ostéologie, arthrologie, myologie (4e éd.). Octave Doin.
Tiwana, M. S., Charlick, M., & Varacallo, M. A. (2024). Anatomy, shoulder and upper limb, biceps muscle. In StatPearls. StatPearls Publishing. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK519538/
Varacallo, M. A., & Mair, S. D. (2025). Biceps tendon dislocation and instability. In StatPearls. StatPearls Publishing. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK534102/
Varacallo, M. A., & Mair, S. D. (2025). Proximal biceps tendinitis and tendinopathy. In StatPearls. StatPearls Publishing. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK533002/
Warner, J. J. P., McMahon, P. J., & Leffert, R. D. (1995). The role of the long head of the biceps brachii in superior stability of the glenohumeral joint. The Journal of Bone and Joint Surgery. American Volume, 77(3), 366-372. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/7890785/